Le vendredi 21 octobre, 290 chercheurs et praticiens des domaines de la médecine, du service social et de la santé se sont rassemblés au nouveau Centre des congrès d’Ottawa pour le tout premier colloque « Les femmes en tête », un événement d’une journée organisé par le Royal.
« La santé mentale des femmes est un nouveau territoire à conquérir, et le Royal en fait l’une de ses principales priorités », explique George Weber, président et directeur général du Royal.
« Lorsque nous parlons de santé des femmes, ce n’est pas pour exclure les hommes », dit la Dre Alison Freeland, chef adjointe des Services de psychiatrie au Royal et présidente du colloque. « Bien que les hommes aient aussi des besoins et problèmes spécifiques en matière de santé mentale, il y a un travail de rattrapage à faire à l’égard des femmes. La plupart des recherches dans le domaine de la santé mentale ont été effectuées de façon générique et les sujets recrutés étaient principalement des hommes. C’est seulement dans les années récentes que nous avons commencé à mettre en valeur les besoins uniques des femmes. »
Ce colloque qui s’est déroulé pendant une journée complète a commencé et s’est terminé par des discours de Margaret Trudeau, l’ancienne femme du premier ministre Pierre Elliott Trudeau et l’une des principales porte-paroles de la santé mentale au pays. Il comprenait la participation de spécialistes de divers domaines et sujets, qui ont mis en lumière le fait que les femmes ont une expérience différente de la maladie mentale que les hommes en raison de leur biologie, de leurs déterminants sociaux et de leur rôle dans la société, qui consiste à s’occuper des enfants et des parents vieillissants.
« Plus que tout, cette journée m’a montré l’espoir extraordinaire que nous pouvons tous ressentir, car nous commençons à faire de grandes percées dans la compréhension du fonctionnement du cerveau », a déclaré Mme Trudeau dans son discours de clôture.
Les présentations du colloque se trouvent ici (en anglais seulement).
Les effets de l’œstrogène sur la cognition et la démence
Présentatrice : Dre Pauline M. Maki
Qu’est-ce que la démence et comment est-elle liée à la maladie d’Alzheimer? Pourquoi nous intéressons-nous au risque de démence chez les femmes? L’hormonothérapie est-elle un facteur de risque pour la maladie d’Alzheimer ou peut-elle protéger contre la maladie? Comment l’exercice affecte-t-il l’apparition de la démence?
La Dre Pauline Maki a abordé ces questions ainsi que de nombreux autres sujets lors de son allocution, où elle a expliqué les raisons pour lesquelles les femmes semblent être à plus grand risque que les hommes de présenter la maladie d’Alzheimer (la forme la plus courante de démence), ainsi que les effets de l’œstrogène sur la cognition et la démence.
Les études indiquent que si l’hormonothérapie est commencée au début de la transition ménopausique (c.-à-d., pendant la périménopause ou le début de la postménopause), elle peut protéger les femmes contre la maladie d’Alzheimer. En fait, certaines études démontrent que le risque peut être réduit de jusqu’à 39 %. Toutefois, si l’hormonothérapie est commencée plus tard, elle semble avoir un effet neutre ou potentiellement nuisible. De plus, il a été démontré que l’œstrogène offre une protection aux cellules saines (qui sont plus prévalentes chez les femmes au début de la transition ménopausique), mais qu’elle peut être potentiellement nuisible aux cellules malades.
La Dre Maki a insisté que bien qu’il existe des recherches prometteuses et en cours dans le domaine de l’hormonothérapie et de la démence, à ce stade, elle ne préconise pas que les médecins recommandent l’hormonothérapie à leurs patientes comme stratégie de prévention primaire contre la démence. Plutôt, elle les a encouragé à se servir de ces informations pour favoriser un dialogue avec leurs patientes qui envisagent de suivre une hormonothérapie, afin de s’assurer qu’elles comprennent à la fois l’hypothèse de la « fenêtre critique » et l’hypothèse de l’action de l’œstrogène sur les cellules saines qu’elle décrit dans sa présentation.
La présentation complète de la Dre Maki se trouve ici (en anglais seulement).
Depression in Women: Understanding the Windows of Risk Across the Life Cycle (La dépression chez les femmes : Comprendre l’ensemble des risques tout au long du cycle de vie)
Conférencier : Dr Claudio Soares
Dans sa présentation, le Dr Claudio Soares s’est penché sur la dépression au cours de trois périodes particulières de risques du cycle de la vie reproductive d’une femme : la période prémenstruelle (SPM), la période périnatale et post-partum, et la ménopause.
Au chapitre du SPM, le Dr Soares a cité des recherches qui avançaient que le SPM était davantage lié à la sensibilité de la femme aux changements hormonaux qu’à la quantité d’œstrogènes ou de progestine retrouvée dans son organisme, ce qui expliquait pourquoi certaines femmes étaient plus touchées que d’autres par les changements d’humeur et les autres symptômes.
Au cours de la période prénatale et post-partum, il a remarqué que les femmes atteintes d’une maladie mentale étaient également susceptibles de voir leurs symptômes empirer, ou de les voir réapparaître. En fait, dans une étude, 200 femmes qui prenaient des antidépresseurs pour une dépression unipolaire s’étaient vues offrir l’option de cesser de prendre le médicament durant la grossesse. La moitié du groupe avait choisi de continuer de prendre le médicament et l’autre moitié avait cessé de le prendre. La recherche a démontré que le risque de rechute était beaucoup plus élevé chez celles qui avaient cessé de prendre le médicament; une proportion stupéfiante de 76 % des femmes avait rechuté dans la dépression au cours des neuf mois suivants, par rapport à 26 % chez celles qui avaient continué de prendre le médicament.
Des études ont également révélé que les femmes étaient beaucoup plus à risque de dépression durant la ménopause et que le risque était beaucoup plus élevé chez les femmes qui avaient des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes ou chez celles qui avaient des antécédents de dépression.
Le Dr Soares a encouragé les médecins qui traitaient les patientes atteintes de maladie mentale de faire attention aux antécédents de reproduction de ces dernières. Comme il a expliqué, en comprenant les risques auxquelles les femmes étaient confrontées à divers moments dans leur cycle de vie, les praticiens pouvaient établir des stratégies afin de mieux traiter la dépression chez les femmes ou de prévenir l’apparition de la dépression au cours ces périodes.
On peut trouver la présentation complète du Dr Soares en cliquant ici (en anglais seulement).
Social Determinants of Women’s Mental Health (Déterminants sociaux de la santé mentale des femmes)
Conférencier : Dr Dennis Raphael
Durant sa présentation, le Dr Dennis Raphael s’est penché sur la relation entre les conditions de vie des femmes et leur santé mentale, et dans quelle mesure le fait de bénéficier de bonnes conditions de vie dépendait des politiques publiques.
Le Dr Raphael s’est concentré sur trois déterminants sociaux importants pour la santé mentale des femmes et a comparé le Canada à d’autres pays dans ces domaines : les conditions d’emploi et de travail, le sexe et la famille ainsi que le revenu et la répartition du revenu. Il a parlé des résultats de certaines études, notamment d’une étude qui indiquait que l’incidence de la dépression chez les femmes à faible revenu était 35 p. 100 plus élevée que chez les femmes à revenu élevé, et que l’incidence d’hospitalisation liée à la dépression chez les femmes vivant dans des quartiers où les revenus étaient les plus faibles s’élevait à 80 p. 100.
Un des points importants qu’il a soulevé était que l’amélioration des conditions de vie matérielle d’une femme pouvait améliorer sa santé mentale et, peut-être, prévenir certaines maladies mentales.
Dans ses observations finales, il a préconisé la nécessité d’éduquer les décideurs, de faire pression auprès d’eux et de les convaincre qu’il fallait élaborer des politiques publiques afin d’assurer l’équité en matière de santé de tous les Canadiens.
On peut trouver la présentation complète du Dr Raphael en cliquant ici et ici (en anglais seulement).
La maladie mentale et la comobrbidité médicale chez les femmes : une autre source de préoccupation
Présentatrice : Dre Valerie Taylor
La présentation de la Dre Valerie Taylor était axée sur les liens entre la maladie physique (particulièrement les maladies liées à la prise de poids) et la maladie mentale, ainsi que sur la façon dont les périodes distinctes dans la vie d’une femme peuvent exacerber cette relation.
L’un de ses domaines de recherche – qu’elle décrit comme la question de l’œuf et de la poule – consiste à examiner si les gens présentent d’abord une vulnérabilité à l’obésité puis développent ensuite une maladie mentale, ou si la dépression, le trouble bipolaire et les autres maladies mentales mènent à une prise de poids, qui entraîne à son tour des maladies physiques comme le diabète, la maladie cardiovasculaire et l’hypertension.
La Dre Taylor a également parlé des indicateurs précoces de l’obésité chez les femmes adultes, ce qui comprend un IMC élevé pendant la grossesse, une prise de poids excessive pendant la grossesse (un environnement utérin défavorable peut prédisposer un enfant aux maladies adultes) et, éventuellement, l’utilisation de médicaments psychiatriques pendant la grossesse. Parmi d’autres recommandations, elle a exhorté les praticiens à traiter les aspects physiques et psychologiques de la maladie mentale, à conseiller les patientes atteintes de maladie mentale sur les risques de la prise de poids excessive et à éduquer ces mêmes patientes sur l’importance de mener un style de vie sain.
La présentation complète de la Dre Taylor se trouve ici (en anglais seulement).
Women’s Caring: Psychological and Social Issues (Prendre soin des femmes : Problèmes d’ordre psychologique et social)
Conférencière : Dre Charmaine C. Williams
La présentation de la Dre Charmaine Williams portait sur le rôle clé joué par les femmes dans la « prestation des soins », rémunérée ou non. Elle a soutenu que les arrangements actuels en matière de soins étaient remarquablement injustes pour les femmes, une réalité qui avait des conséquences directes sur leur qualité de vie et de santé.
Ainsi, les personnes soignantes non rémunérées souffrent d’un plus grand stress, de la diminution de la sensation de bien-être psychologique et d’un niveau accru de dépression. Les soignantes rémunérées, qui, comme groupe, sont sous-rémunérées, surchargées et non protégées, ont tendance à souffrir d’anxiété et de dépression au travail ainsi que de mauvaise santé chronique et cumulative, et de stress.
La Dre Williams soutenait que la prestation de soins était un travail (en fait, un travail difficile qui requiert des compétences) et, qu’à cet égard, il faudrait considérer ce travail comme une préoccupation sociale. Elle a préconisé de remettre aux soignantes un salaire suffisant, de leur offrir des avantages, une sécurité au travail et une sécurité d’emploi. Elle a également suggéré d’offrir une compensation financière aux soignantes non rémunérées.
On peut trouver la présentation complète de la Dre Williams en cliquant ici (en anglais seulement).
Quand la branche craque : la maladie mentale chez la femme enceinte et en période postpartum
Présentatrice : Dre Jasmine Gandhi
La présentation de la Dre Jasmine Gandhi examinait comment les troubles mentaux chez les femmes enceintes et en période postpartum constituent des risques significatifs tant pour les mères que leurs enfants, ainsi que d’importants fardeaux économiques et de santé pour la société.
Elle a examiné de nombreuses maladies mentales – y compris la dépression, les troubles anxieux, la maladie bipolaire et la psychose – et mis en lumière les répercussions psychiatriques, obstétriques et pédiatriques pendant et après la grossesse si ces troubles ne sont pas traités.
Elle a aussi discuté d’une approche biopsychosociale (biologique, psychologique et sociale) à la gestion de ces troubles, y compris le dépistage de la dépression postpartum, l’auto-assistance (en termes de nutrition, d’exercice, de repos et de soutien) et le traitement (incluant la thérapie et les médicaments).
La présentation complète de la Dre Gandhi se trouve ici (en anglais seulement).
Women, Aging and Mental Health (Les femmes, le vieillissement et la santé mentale)
Conférencière : Cathy Shea
Pour la première fois de l’histoire, le nombre de Canadiens et de Canadiennes de plus de 65 ans (13 %) a dépassé le nombre d’enfants, et grâce aux baby-boomers, ce nombre doublera au cours des trente prochaines années. Parmi cette population, la plupart sont des femmes (147 femmes pour 100 hommes) et 52 % sont veuves (ce qui laisse entendre qu’au fur et à mesure qu’elles vieilliront, elles seront moins susceptibles d’être soignées par une personne qui leur est familière).
La Dre Cathy Shea, spécialiste en psychiatrie gériatrique du Royal Ottawa, a mis en évidence les nombreux changements survenant lors du processus « normal » de vieillissement et s’est concentrée sur les défis, les problèmes et les stigmates supplémentaires auxquels étaient confrontées les femmes plus âgées atteintes d’une maladie mentale.
La Dre Shea désigne par les « 3 D de la psychiatrie gériatrique » les trois maladies mentales retrouvées le plus souvent chez les aînés, à savoir la démence, le délire et la dépression. Elle a parlé de chaque maladie en détail et a donné un aperçu de ce que à quoi les médecins pouvaient s’attendre des patients vieillissants atteints d’une maladie mentale.
Elle a insisté sur le fait que, même si la confusion était fréquente chez les personnes âgées, elle n’était pas normale et, quels que soient les antécédents du patient, il fallait examiner ce problème, établir un diagnostic et le régler. Elle a également souligné qu’il était possible d’assurer le traitement et le rétablissement, selon divers degrés, pour tous les troubles de santé mentale ayant débuté tardivement.
On peut trouver la présentation complète de la Dre Shea en cliquant ici (en anglais seulement).
